Guy-Geoffroy

La chronique quotidienne du député Guy GEOFFROY - 16 mars 2012

« PLUS QU’UNE ERREUR, UNE FAUTE….ET ELLE EST LOURDE ! »

Durant toute ma vie professionnelle, j’ai tenté de combattre les dogmes qui conduisaient à établir et maintenir des frontières artificielles et dangereuses entre les enseignements qui seraient nobles, ceux qui participent des formations générales qui par définition ouvriraient toutes les portes, et ceux qui seraient de seconde zone, voire carrément synonyme de voie de garage ouverte aux élèves en échec, les disciplines technologiques et professionnelles.

La gauche enseignante porte une très lourde responsabilité dans cette situation qui a vu le monde de l’école refuser pendant très longtemps la capacité du monde de l’entreprise à apporter quoi que soit au système éducatif.

Ce dogme de l’imperméabilité a longtemps sévi et ce n’est que depuis une petite trentaine d’années que l’école, grâce en particulier à l’excellent Ministre Christian Beullac, a commencé à comprendre que le destin de l’outil républicain d’éducation et de formation était intimement lié aux débouchés et aux évolutions professionnelles des jeunes français, au moment où le deuxième choc pétrolier venait ouvrir les yeux des plus idéologues pour les convertir pas à pas à l’idée que l’école n’était pas un vase clos et qu’elle avait tout à gagner à engager des partenariats respectueux et féconds avec les milieux professionnels.

Monsieur Peillon, qui a enseigné la philosophie, ce qui est très respectable, n’est lui jamais sorti de cette stupide bulle "furieusement intellectuelle " qui tourne le dos de manière arrogante et inutile à ceux qui, en faisant la richesse du pays, permettent à l’administration d’exister et en particulier..... de payer le fonctionnaire Peillon….

Il vient ainsi, à l’occasion de la première lecture à l’Assemblée de son projet de lieu intitulé de manière bien imprudente et impudente « refondation de l’école » (rien que cela !), de commettre une erreur totalement idiote, à l’instant où toutes les solutions doivent être creusées pour permettre aux jeunes de faire leurs premiers pas dans leur vie d’adulte, qu’elle constitue une véritable faute lourde commise à l’encontre de la jeunesse, de notre économie et de l’avenir du pays, en supprimant la possibilité pour quelques élèves "en panne d'école" de se tourner vers l'apprentissage.

Proviseur de lycée durant 20 ans, je n’ai pas cessé d’encourager les élèves qui m’étaient confiés à extirper des tréfonds de leur insouciance la parcelle d’excellence qui est en chacun afin que tous puissent accéder à leur manière à leur réussite, quelle que soit la filière et la démarche empruntée.
Je n’ai pas cessé non plus de les inviter à ne pas renoncer à progresser autant que possible par des poursuites d’études appropriées.

Beaucoup de ceux qui suivaient des formations professionnelles dites « courtes » sont ainsi devenus des adultes bien dans leur peau et réussissant parfaitement à se réconcilier avec un parcours scolaire à partir du moment où ils retrouvaient un sens à l’enseignement qui leur était dispensé.

J’en revois beaucoup, quelques années ou décennies après, qui me témoignent cet attachement à ce « petit bout de chemin » fait ensemble qui leur a permis de se réconcilier avec eux-mêmes et d’avoir une vraie confiance dans leur potentiel.

De la même manière je n’ai jamais hésité à proposer vivement à ceux qui ne « pouvaient plus supporter l’école » à ne pas renoncer à leur avenir et à porter le regard vers le monde de l’entreprise et vers l’apprentissage qui leur permettrait, grâce à une expérience plus concrète de l’intelligence des « métiers de la main », de trouver leur voie, de réussir, et de conserver toute leur capacité à progresser encore ultérieurement en profitant astucieusement de tout ce qui s’inscrit désormais dans le cadre de la « formation tout au long de la vie ».

Qu’est-ce qui est préférable pour un enfant de 14/15 ans que les circonstances ont conduit à décrocher des enseignements « traditionnels » :

L’alternance entre la rue et sa loi d’une certaine « jungle » et quelques jours d’école pour aller faire « coucou » aux copains et semer un gentil bazar… ?
…ou l’alternance entre les premiers pas dans l’entreprise guidés par un tuteur professionnel, aguerri et bienveillant et les nécessaires temps de « scolarité traditionnelle » si importants pour ancrer les premières compétences professionnelles dans un ensemble de connaissances théoriques et technologiques qui permettront d’assurer la maîtrise du métier et la capacité ultérieure d’évoluer… ?

Nous avions, sous l’ancienne majorité, intelligemment fait le choix de la deuxième branche de l’alternative car nous estimions que ces jeunes devaient être respectés dans leurs difficultés et dans l’incertitude qui était la leur avant de s’engager dans la vie d’adulte.
En recréant, avec toutes les garanties indispensables qui s’y attachaient, une possibilité à s’engager sur le chemin de l’apprentissage avant la fin de la scolarité obligatoire à 16 ans, nous n’avions pas décidé que ces enfants étaient définitivement « perdus pour la patrie » et qu’en les éloignant du système scolaire on les écartait du chemin de la réussite, leur réussite.

Bien au contraire. Nous leur avons tout simplement fait confiance.

C’est pourquoi je suis atterré de constater que la gauche et son Ministre de l’Education Nationale en sont restés à la première branche de l’alternative, celle qui clive, celle qui crée le ghetto, celle qui refuse d’adapter la stratégie du service public de l’école à la situation particulière de jeunes qui ne peuvent plus absorber davantage d’enseignement « traditionnel », celle qui nie la capacité de rebond de ces élèves en apparence « perdus pour l’école » mais qui montreront le jour venu qu’ils ont un potentiel et même ….des connaissances.

En supprimant cette possibilité d’accès à l’apprentissage avant 16 ans, le gouvernement se tire une belle balle dans le pied car on aura beau créer des dizaines de milliers de postes nouveaux d’enseignants, les élèves qui « n’ont plus faim d’école » à un certain stade de leur pré-adolescence existeront toujours et ils seront encore plus sacrifiés sur l’autel du dogme de la même école pour tous, alors que la plus élémentaire des lucidités devrait au contraire nous renforcer dans l’idée que chaque enfant est différent de son camarade... et que c’est très bien comme cela.

Permettre tous les parcours, même les plus chaotiques en apparence, c’est tenir compte des réalités et respecter tous les jeunes, tous les talents, toutes les difficultés.

Avec son emblème du moule unique par lequel tous les enfants de France devraient passer, le Ministre Peillon fait une fois de plus la démonstration de sa totale incompétence.

Et quand il s’agit de notre école et donc de l’avenir de notre pays, c’est particulièrement coupable.

Pourra-t-on, après Peillon, refonder un Ministère de l’Education Nationale pragmatique et responsable ?

Ce samedi 16 mars 2013,

Guy GEOFFROY